Jean-Marie Jegou, Christian Amiel, Philippe Di Muzio et Dominique Bousseau pointent du doigt la détérioration des conditions de travail à DCNS. : Photo Delphine Gonzalez
Des élus CGT des comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) de DCNS ont exprimé, récemment en conférence de presse, le mal-être au sein de l’entreprise détenue à 75 % par l’État (société anonyme du secteur public).
« Trois altercations viennent d’avoir lieu dans la zone des bâtiments de surface. La tension grandit dans la zone des sous-marins. Il n’y a pas une semaine sans incident. Nous ne pouvons pas nier des tentatives de suicides. Mercredi en huit, nous avons fait jouer le droit d’alerte après avoir trouvé une corde, dans un magasin d’outillage, qui était destinée à une pendaison », dénoncent trois élus aux CHSCT et le secrétaire général du syndicat CGT de DCNS Toulon. « À ce tarif, on craque » « Une expertise indépendante, basée sur des entretiens et des questionnaires remplis par 46 % des salariés à Toulon, a livré des conclusions accablantes : 80 % avouent un travail sous tension, 57 % se disent soumis à une pression hiérarchique, 70 % jugent leur travail non reconnu, etc. Plutôt que d’en tirer des leçons, la direction nationale persiste dans ses restructurations. Elle impose une hausse de productivité de 30 % en trois ans, peu réalisable sachant que, dès 2010, elle prône l’extinction de métiers en fermant 1 300 postes sur 12 000 en France », dénoncent les élus CGT. « Alors que DCN comptait 6 000 salariés en 1992 à Toulon, ils sont moins de 2000 aujourd’hui à DCNS ».
La gestion prévisionnelle des emplois et des compétences n’a pas été votée par la CGT. Selon le syndicat, elle prépare le terrain à des mutations géographiques. « Des salariés sont l’objet de changement de poste. La charge de travail est de plus en plus importante : ça passe ou ça casse. A ce tarif, on craque. L’étude montre que la prise d’antidépresseurs a explosé ». Assimilant le chemin suivi par DCNS à celui de France Télécom, deux entreprises sujettes à un changement de statut, ces salariés tirent la sonnette d’alarme.
Bernard Sans, directeur de DCNS Services, répond point par point aux doléances syndicales. Le sentiment de mal-être : « La santé a toujours été l’une des préoccupations importantes de DCNS. Je comprends que le changement fasse peur, mais nous sommes dans une démarche d’accompagnement en lien avec les CHSCT. »
Les altercations et gestes désespérés : « Je ne veux pas parler de cas particuliers touchant l’intimité des salariés. Je conteste les allégations d’altercations répétées. »
La restructuration : « Il n’y a pas de restructuration mais un projet de croissance, baptisé " Championship ". Le maintien du personnel dans les meilleures conditions de travail fait partie de nos priorités. La santé et la sécurité au travail sont l’un des six axes de travail du projet d’entreprise. Développer l’activité, doubler le chiffre d’affaires en 10 ans en saisissant des opportunités à l’export et en développant de nouveaux services comme le nucléaire civil ou les énergies renouvelables : voilà les enjeux de DCNS. Nous faisons en sorte que chacun trouve sa place dans ce développement. L’une des forces de DCNS est la transparence. »
Les réductions de postes : « DCNS a longtemps investi sur les moyens industriels ; plusieurs millions d’euros ont été consacrés depuis 2003 à l’amélioration des conditions de travail : les bureaux, les ateliers et à bord. Nous nous préoccupons maintenant davantage de l’humain, formation et embauches. Il n’y a pas de suppressions de postes. Au contraire, il y a des métiers de production où on recherche ardemment et où on développe des plans de formation. DCNS à Toulon embauche en moyenne 100 personnes par an depuis 4 ans, un tiers de cadres, un tiers d’ouvriers et un tiers de techniciens. Ne prenons pas pour base les effectifs de 1992 car de nombreux métiers sont passés dans le périmètre de la Marine. Depuis 2003, les effectifs sont passés de 2200 à 2000. »
Les mutations géographiques : « Il s’agit de mobilité volontaire. L’ensemble des métiers à pourvoir est disponible sur notre intranet : 30 offres par an et par métier (350 métiers en tout). Il y aura des changements de poste, mais sur la durée. On fera des passerelles avec un temps de formation. La gestion prévisionnelle des emplois et compétences n’a qu’un but : augmenter l’employabilité. »
Recueilli par S. M. Les réponses de la direction Sylvain Mouhot Var-Matin




